LE BLOG DE LAIB AZEDINE- Editions de la Lettre Libre

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L'élixir charlatanesque 1, le 01/07/2012.

 

 

 

I

 

 

 

 

Le glas sonne lugubre... C'est une certitude, il est devenu ce devoir sacré de se défier, avec la meilleure des acuités, faite de finesse et se gardant des fioritures diminuantes, de l'envergure maline, de l'intellection médisante, parce qu'insoucieusement néfaste, qui court l'époque et qui s'accorde la largesse de professer en tout lieu des assertions aussi criminelles que des poignards d'égorgeurs gentiment posés sur le vernis sage et sans voix d'une table de salon. Pouvons-nous seulement considérer cette réalité ? En aurions-nous à tout le moins l'envie d'apercevoir les faits les plus innocents, de sentir et de découvrir les trames insignifiantes, mais néanmoins paresthésiques, qui oeuvrent à la falsification puissante de notre Pensée présente ? Sommes-nous suffisamment possédés ou parfaitement gâchés ? Tout bien considéré, apprécions-nous la trajectoire modique et maudite des idées et des choses qui s'accuse et se précise ?

 

Des sauveurs foutraques de l'Humanité - nous le disons, naufrageurs tout claironnant des Civilisations de Lumières - clament aveuglément, au milieu des douleurs et des tumultes des jours, des pays, à qui même ne voudrait pas les entendre, que la Raison qui était jusque dans les siècles durant l'endroit prometteur, une belle clairière charmante à l'éclat progressiste des Peuples, devient le principe tout à fait précaire de l'Esprit, l'entrave instable et dangereuse qui aurait enfanté, au gré de ses mauvaises grâces ou intelligences, les phénomènes destructeurs que notre espèce porte en elle-même ou connaît pour son malheur si bien mérité. Pour mieux, l'on se glause dans les cercles hauts, de la nature sottement réglée des sociétés, plus loin, de la valeur relative et mineure des vies, de la valeur d'une vie, de la valeur d'un enfant, d'une progéniture, d'une descendance, d'une famille d'ici et d'ailleurs (surtout d'ailleurs), sans ne jamais, en la matière, trouver quiconque suffisamment habité du génie qui sait pour finir d'autorité la massive et "déraisonnable" entreprise de dérationalisation du monde qui veut à ce point commencer.

 

Le dogme est d'instinct limpide: la Raison est en réalité leur Mal absolu qu'ils abominent. Mais autant, celle-ci sert leur couvert sérieux, leur boyau discret en toutes circonstances. Ceux-là vous feront admettre premièrement, avec cette charcutière et impérieuse opinion du tout évidence et du bon sens qui ne justifie guère rien, ni jamais (vous faisant singulièrement défaut, évidemment) que les causes agissantes des événements, les principes naturels fondant toute civilisation suffisante et confirmée, ont pour prétention l'universalité béate et optimiste de la rationalité exacte. Secondement, ils vous donneront à voir la force probante de la parole et des actes, de la promesse franche, celle profonde du coeur et de l'esprit, jusqu'au serment sublime qui vous confiera même l'avenir et les Hommes. Sur cette indéniable conviction, ils vous prieront abjectement par la persuasion douce ou la guerre réfléchie d'approuver leur pacte, de reconnaître les concessions réciproques, qui fixent ici et là les régimes et les polices de la planète entière. En vous laissant en même temps ignorer, dans votre idiote infusion, la nature des affadissements tragiques qui se disposent; la nature des amputations ardentes qui s'affairent; la nature des dépérissements aigus, chaque fois plus incurables qui se mettent à effet. En surabondance unanimement respectée, cette fraude à la théorie raisonnable, cette franche friponerie des Lumières contre les débiles escortes obscurantistes, ne s'avéreront, en vérité du dernier moment, que les moyens serviles d'aboutissement d'un projet de lutte haute, avec cette familière moirure garée qui sait tant dissiper les attentions les plus vives et rudes.

 

C'est bien de cela dont il est question, en effet: les ennemis de la Raison sont héréditairement ceux qui la chérissent particulièrement, au-delà du raisonnable, à peu près de façon pathologiquement morbide. Ils la connaissent parfaitement, la maîtrisent pour mieux la dominer et, où il faut la consacrer, vont jusqu'à s'attribuer en propre les semences et les fruits essentiels de l'élixir. Ces cérébraux décérébrés ne lui servent pas la cause. Ils la bravent et la désarment à petits feux continus. Ces fichus mandarins outillent les concepts et les lois intemporels à leur guise; ils sabotent les pensées absolues; ils accordéonnent les menteries transcendantes et métaphysiques. A tel point que leur jargon unique, leur système de disance compris et dirigé, leurs idiomes d'attaque et d'initiative envers la Terre et les Nations, ne se cultiveront que de la chose curieuse et obsédante du BIEN. Rien ne les captivera autant que cette matière, ce fond et les occasions de cet objet spécieusement spécial pour leurs âmes sacrées de missionnaires élus.

 

Vous les contemplerez ces chanoines honoraires des temps modernes régulièrement à l'oeuvre, et ces obsessions irrépréssibles dans leurs champs de conscience, ces hantises relevant des mêmes tourments insistant autour de cette idée forcée d'anticiper les satisfactions nécessaires, les fortunes ravies et capitales pour l'humanité dans son ensemble. Ces paladins hâbleurs et si complaisamment utopistes pour l'idéal excellent et honnête de l'espèce, entendront tout avant tout le monde, et prescriront tout mieux que tout le monde. Leur légitimité monologuée, leur permission facile et agréee, expéditive et rudimentaire, se laisseront assimiler promptement, sans grandes formalités dans ces occasions, par les citoyens coulés définitivement dans leur anéantissement anarchique et misanthrope.

 

 



01/07/2012
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